Interview Cyrille

with Un commentaire

Cyrille est un ancien doctorant de l’UCL en ingénieur informatique.

  • Que peuvent apporter les outils numériques dans l’accès à l’éducation ?

L’avantage du numérique est que c’est extrêmement peu coûteux. Anciennement, il fallait acheter un livre ou un syllabus de référence, un support physique pour suivre un cours tandis qu’aujourd’hui, tout peut être stocké de manière digitale. Au niveau de l’accès, cela réduit les distances et permet à un plus grand nombre d’avoir accès à du contenu lié à l’enseignement.

Favorisent-ils la qualité de l’enseignement ?

Pas directement mais de manière transversale. Ça favorise la qualité, par exemple sur Coursera qui est munie d’un système de corrections automatiques et d’outils motivants. Mais par contre, on peut aussi balancer plus ou moins n’importe quoi sous un format numérique. C’est pourquoi, il faut garder un esprit critique.

  • Quels sont les prochains défis du numérique dans l’enseignement ?

Encore plus d’accessibilité ! Pour le moment il y a quelques uns de nos cours en Belgique qui sont disponibles en ligne mais c’est encore loin d’être le cas pour la majorité. Ça demande beaucoup de travail à l’enseignant et ça ne remplace pas un cours physique.

  • Qu’est-ce que vous auriez aimé avoir comme supports numérique pendant vos études ?

Plus de supports disponibles numériquement: que ce soient pour des syllabi, disponibles uniquement en version papier ou des devoirs qu’on devait rendre sous format papier. Ce qui, dans le cas de mes études ne faisait pas beaucoup de sens. Une correction numérique aurait demandé moins de travail au prof et à l’étudiant.

  • Que pensez-vous de cette affirmation : L’enseignement favorise un apprentissage par l’assimilation de savoirs plutôt que par le développement de la créativité et l’expérimentation.

Cela dépend. Malheureusement en Belgique l’enseignement primaire et secondaire s’apparentent globalement à du bourrage de crâne. Typiquement: beaucoup de personnes n’aiment pas les mathématiques parce qu’on ne leur apprend pas en quoi ça peut leur être utile. Au contraire, à l’université, beaucoup de cours sont donnés pour acquérir des connaissances mais aussi pour développer des connaissances critiques et découvrir les choses par soi même. L’université ouvre aussi des portes en termes de découverte, d’esprit critique, de créativité et donne le goût d’apprendre. J’ai eu la chance d’être dans une filière où l’accent était fort mis là-dessus.

  • Que pensez-vous des examens ? Est-ce une véritable évaluation des compétences ou une méthode de tri/de sélection ?

Certains sont clairement une méthode de tri et d’autres sont une évaluation. Par exemple, un examen d’entrée fait du sens en ce qui concerne le tri car il permet de savoir quels sont les personnes qui auront une chance de réussir. La restitution de connaissance constitue un tri tandis que ceux qui concerne la compréhension d’un concept sont une évaluation de connaissance. Tout examen est un tri. C’est la responsabilité des enseignants de faire en sorte que la personne qui sort des études ait les compétences pour exercer le métier lié à son diplôme.

  • L’enseignement favorise-t-il l’émergence de projets personnels ou la conformité au modèle existant ?

De nouveau, cela dépend. En secondaire et en primaire c’est assez rare de sortir des sentiers battus et ce sont souvent des initiatives personnelles de professeurs. À l’université, il faut d’abord avoir une base de connaissance pour pouvoir l’appliquer mais de nouveau, je parle pour ma filière.

  • Comment l’accès à l’information via internet va devoir changer la manière dont nous enseignons à l’université ? Puisque toute l’information est disponible en un seul clic, quels sont les compétences et les sujets qui devraient être abordés par les professeurs ?

À avoir un esprit critique. Toute information disponible sur internet n’est pas spécialement liée aux autres et c’est difficile de faire les liens. Un cours contient un bloc d’informations qui sont toutes liées entre elles et qui peuvent aussi faire des liens avec d’autres cours. Les professeurs sont experts dans leur domaine et, s’ils le font bien vont te donner le goût, te guider, partager son expérience. Il y a aussi l’interactivité qui permet un suivi plus personnel, notamment en master.

  • À propos de l’accès à l’éducation dans le monde, il y a-t-il une réelle  évolution dans l’égalité des genres. Le numérique y contribue-t-il ou pourrait-il y jouer un rôle ?

J’aurais tendance a dire que ce serait peut-être l’inverse. Quand on se retrouve dans un auditoire avec une population multiculturelle, on se rend aussi compte que tout le monde est capable de suivre des cours avancés et d’avoir des discussions intéressantes.

Une réponse

Répondre